Dans le cadre de l'objet d'étude «théâtre et représentation», commun à toutes les classes de première, il nous a paru important non seulement de proposer aux élèves d'aller au théâtre mais aussi de faire venir le théâtre à eux. Ainsi le collectif «Qu'est-ce à dire ?» - Pascale Calvet, Thérèse Pistis, Cathy Sémat - a-t-il proposé deux textes contemporains à une douzaine de classes, de la seconde à la terminale, toutes séries confondues, du lycée professionnel comme du lycée général.
Le mode de représentation choisi était celui des «Petites Formes» qui se caractérise par la volonté de concevoir le jeu en fonction du lieu proposé, ici, nécessairement, une salle de classe. Les textes représentés étaient Pas Bouger d'E. Darley, auteur qui vit actuellement à Narbonne et qui s'est fait remarquer cet hiver par sa pièce « Le Mardi à Monoprix », jouée par Jean-Claude Dreyfus, et Agamemnon de Rodrigo García, dramaturge argentin vivant à Madrid qui rêve d'un théâtre où « n'importe qui pourrait pousser la porte ».
La parole forte et libre de ces auteurs a ouvert les esprits et délié les langues : des échanges nourris et pertinents ont pu avoir lieu après les représentations avec les comédiennes et se sont souvent poursuivis en classe. Chacun a dit son émotion, qui pouvait aller de l'agacement à l'hilarité, en passant par l'étonnement ou la compassion . Très vite les mots de liberté,destin, violence, cruauté, engagement se sont invités au débat; le tragique, le comique, le politique étaient bien présents : le théâtre avait fait son oeuvre.
Les élèves ont dit avoir été d'abord déroutés par le texte et les personnages d'E. Darley, puis, il est apparu que cette oeuvre interrogeait nos vies mêmes dans ce qu'elles peuvent avoir de figé, de routinier. Ils ont reconnu, derrière ces conduites stéréotypées, une grande fragilité, une peur de la solitude, du vide et ils ont apprécié que ne soient oubliés ni l'humour, ni la tendresse. Leurs rires de spectateurs, captés en même temps que le jeu des comédiennes, le disent suffisamment.
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Le flot continu de paroles du personnage de Rodrigo García a jeté un éclairage cru, impitoyable, à la fois lucide et excessif sur notre société de consommation: le cours de géopolitique assaisonné de ketchup et asséné à grands coups d'ailes de poulet restera, à n'en pas douter, gravé dans les esprits; et peut-être hésiterons-nous à porter un pull jaune, particulièrement s'il est trop grand...Nous n'en dirons pas plus!
Nous avons eu le plaisir de partager un spectacle, des émotions, une réflexion: que les auteurs et les comédiennes soient ici remerciés. Notre appétit a été aiguisé et nous espérons pouvoir convier de nouveau l'an prochain les élèves à d'autres agapes théâtrales contemporaines.