
Lundi 26 mars, l’auteur de polars fantastiques Hervé Jubert est venu répondre aux nombreuses questions des premières STS1 et STG2, ainsi que des secondes 1. Plus de 20 000 exemplaires vendus et traduits dans plusieurs pays, des livres au rythme haletant et à l’imagination foisonnante destinés à tous les âges et un fort sympathique auteur qui nous a révélé les mystères de l’écriture et de la publication.
L'attitude décontractée, le franc parler et l'humour d’Hervé Jubert ont mis rapidement tout le monde à l'aise. Les élèves ont ainsi pu poser toutes leurs questions sur le métier d'auteur, la vie d'écrivain, le plaisir et les techniques d'écriture. Hervé Jubert y a répondu avec une remarquable honnêteté tout en décryptant pour son public les codes de la littérature fantastique.
« Petit, déjà, je voulais être écrivain dans la montagne »
Hervé Jubert a toujours voulu être écrivain. Depuis tout petit, l'auteur rêve d'écrire du fantastique. Élevé dans un pensionnat jésuite, il avoue avoir souvent rêvé de mondes parallèles, de créatures et de sorciers pendant les longues messes : « C’était un environnement bizarre forçant à s’évader ».

Il dévore les grands classiques de la fantasy et de la SF : Le Seigneur des anneaux de Tolkien, Malpertuis de Jean Ray, Asimov, Bradbury… mais aussi les Sherlock Holmes de Conan Doyle.
À l'âge de quinze ans, il écrit un premier roman, un policier de deux cents pages, « une vraie daube ! »
Il se rend compte alors qu’il lui manque tout : le style, le vocabulaire et l’art de construire des histoires. Il se met donc à lire les Balzac, Flaubert, Dostoïevski et Dumas et c’est seulement dix ans plus tard, à 25 ans, qu'il écrit son vrai premier livre, Sine deis, un James Bond futuriste publié immédiatement en poche.
À partir de là, écrire devient une évidence. C'est lui-même qui l'affirme : « Les pannes, ça n'existe pas. » Pour les écrivains, l'inspiration se trouve partout : dans les films, qui « donnent la pêche », dans la musique, dans la vie courante, en dormant, en se baladant, en écoutant la radio. Et dans la littérature de genre, comme le fantastique ou la SF, « il faut que ça galope, que ça ne traîne jamais. »
« Écrire un bouquin c'est comme une descente en luge : tu te lances, tu ne t'arrêtes pas »
Hervé Jubert veut avant tout se faire plaisir. Et c'est pour cela qu'il travaille chez lui. Il met en général six mois pour écrire un roman sachant qu'il n'écrit que le matin car « c’est là que le cerveau fonctionne le mieux » et consacre le reste de son temps à ses recherches ou… au ménage !
Avant de commencer un livre, il crée d’abord la base, le plan global de son histoire, et n'écrit les détails qu'au fur et à mesure, avec une technique très visuelle : « Quand j’écris un bouquin, je me raconte un film. »
L’invention des personnages est capitale : si on les sent bien, s’ils vivent, alors, le reste suit facilement.
Le lecteur n'est pas sa préoccupation principale, mais il avoue aimer le manipuler, jouer avec lui, le tenir en haleine.
Enfin, il n’y a pas d’école pour apprendre à écrire : « On apprend à écrire en lisant et en écrivant. ». Il faut « se faire plaisir et bosser. »

« On ne fait pas ce métier-là en pensant à l'argent »
Sans réserves, Hervé Jubert nous a livré les secrets des coulisses et nous avons exploré le monde qui se cache derrière un roman.

Le métier d'écrivain n'a pas de salaire fixe : un débutant peut gagner autant qu'un écrivain confirmé. Lorsque l’éditeur accepte de publier un roman, il verse à l’auteur un à-valoir au moment de la signature du contrat (entre 3 000 et 7 000 euros environ pour six mois de travail), et si le nombre de ventes dépasse le prix fixe l'à-valoir, l'auteur reçoit un pourcentage sur l'argent rapporté par les ventes. Ce pourcentage, négocié avec la maison d'édition, ne dépasse quasiment jamais les 10% pour la littérature générale et tombe à 5% environ pour la littérature jeunesse. Il faut savoir que 50 % des revenus vont au diffuseur-distributeur, 15 % à l'éditeur et 15 % aux libraires.
Mais tout peut s’arrêter du jour au lendemain pour l’écrivain. « Avez-vous pensé à un plan B ? » demande une élève. Jubert avoue alors : « Si l’écriture ne marche plus, j’irai démonter des machines ! »
Mais pas besoin de machines, pour l'instant : tout semble annoncer un avenir serein.
En effet, Jubert rencontre un franc succès, notamment avec ses best-sellers : les deux trilogies du Quadrille des Assassins et de Blanche, dont les héroïnes sont des femmes. Preuve irréfutable de son succès : ses livres sont traduits en Angleterre, en Italie, en Espagne, en Russie, en Chine et aux USA.
Naviguant entre SF, fantastique, steampunk et polar, il vient de publier le premier volume d’une tétralogie, Vagabonde, chez Rageot thriller, un road-movie à travers l’Europe qui a pour héroïne une adolescente de 15 ans accompagnée de son petit frère, du fantastique contemporain, technologique, avec des chimères et autres monstres
« Paris : une véritable source d’inspiration »
Cela fait maintenant des années que Paris inspire Hervé Jubert. Tout a commencé une fois son bac littéraire en poche et après une formation en Lettres Modernes à Reims. Poursuivant ses études en histoire de l'art à l’École du Louvre et à la Sorbonne, il a toujours été très intéressé par l'Histoire et surtout par la fin du XIXème siècle. Ainsi, dans Le Palais des Mirages publié en 2009 chez Albin Michel, l’action se passe dans les décors incroyables de l’Exposition universelle de 1900. La trilogie de Blanche, quant à elle, nous fait vivre le quotidien des Parisiens pendant le siège de Paris et la Commune, tout en suivant des pistes où la magie se mêle avec les mystères horribles de la science. Si ces œuvres nous font voyager et nous transportent dans le passé, c'est aussi grâce aux archives de la police à Paris, une incroyable mine d'or dont Jubert nous a livré quelques pépites.

« Roberta est une antithèse d'Harry Potter »
Les élèves ont aussi parlé du Quadrille des assassins, qu’ils avaient lu. En ce qui concerne Roberta Morgenstern, l'héroïne, sa naissance fut aussi extravagante que son caractère. En dix minutes, elle eut un nom : celui d'un personnage de la série Urgence, un prénom tiré d'une chanson d'opéra, et une apparence : l'exact opposé du célèbre sorcier Harry Potter. Jubert fait lutter cette pétulante sorcière quinquagénaire contre de légendaires assassins ayant vraiment existé, comme Jack l’Éventreur ou la célèbre empoisonneuse Lavoisin. Tous ces ingrédients ont fait le succès de ce livre « transgenre » (ou mélange des genres : policier, aventures, fantastique…), vendu à plus de 20 000 exemplaires et particulièrement apprécié des élèves.
Un mini-atelier d’écriture ou comment trouver le scénario d'une histoire ?

Pour répondre à cette question des élèves, Hervé Jubert les a fait participer à l'invention d'un début de roman, une expérience qui a eu un franc succès auprès des élèves du lycée Jean Lurçat et qui pourrait également en intéresser d'autres. Il faut savoir qu'Hervé Jubert organise régulièrement des ateliers d'écriture composés de cinq ou six personnes. Pour plus de renseignements, nous vous recommandons son site officiel : www.blanche-paichain.net.
En attendant la parution en juin prochain du Gang du serpent, le deuxième tome de sa série Vagabonde, nous garderons un très bon souvenir de la venue d’Hervé Jubert et quelques dédicaces originales et pleines d’humour.
Et maintenant, qui sait, une adaptation cinématographique est peut-être à venir ! |